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La spiritualité est-elle au fond partout la même?

Non, les spiritualités, à l’instar des religions, sont diffèrentes

il Grands principes communs à toute les religions et spiritualités particulières:

1) Il y a une réalité supérieure impersonnelle commune à tout ce qui existe (ainsi qu’à tout ce qui pourrait exister).

2) Chaque être, chaque chose est relié à cette réalité supérieure impersonnelle.

3) Ce qui nous relie intérieurement à ce principe est impersonnel.

Pour commencer, il faut savoir de quoi on parle. C’est quoi au juste la spiritualité?

La spiritualité n’est pas une religion différenciée parmi les autres, unique et singulière, pas un système structuré et homogène de croyances, avec lequel il s’agirait de se mettre en conformité. Alors que la religion est plutôt collective, normative et prescriptive, la spiritualité, elle, est une orientation assez vague vers quelque chose d’universel. L’élan spirituel est-il la même chose que l’élan universel?

Les deux sens du mot « universel »

1) Ouvert et accessible à tous les êtres voulant partager une vision commune.

2) S’appuyant sur des vérités universelles c’est-à-dire vérifiables par tout un chacun.

La survie de l’identité personnelle après la mort n’est pas vérifiable autrement que par un acte de foi irrationnelle. Par contre, le désir d’immortalité personnelle, lui, est universel. Le désir est vrai, il traverse, à un moment où à un autre, lal conscience. La réalité de son objet, elle, ne paraît réelle, sensible, que pour les seuls croyants.

Une spiritualité universelle peut-elle reposer sur autre chose que des dogmes et des croyances?

On voit à tout instant que c’est la science matérialiste qui remplit le mieux le cahier des charges de l’aspiration à l’universalité. La science et ses applications pratiques répondent à un besoin de confort et de mutualisation des bonnes volontés, bien plus universellement concret que les notion abstraites de « salut de l’âme », de « vie après la mort » ou de « jugement dernier ».

En quoi la science est-elle différente de la spiritualité universelle?

En France, la religion historique dominante est la religion chrétienne catholique. Le catholicisme s’est toujours voulu « universel » au sens d’ouvert à tous ceux qui veulent se convertir. Chacun peut décider de devenir chrétien et catholique.

Bien sûr, on peut parler de « spiritualité yogique » comme on parle de « spiritualité laïque », de « spiritualité sans dieu » ou de « spiritualité chrétienne » en se référant à des spécificités culturelles historiques. Mais il est plus juste de dire que le yoga, par exemple, est une méthode d’accés à LA spiritualité universelle, sans frontière et sans dogme, pur esprit d’ouverture, d’accueil et d’intégration de la diversité du vécu.

L’élan vers le changement

La spiritualité désigne en effet plutôt un élan fondamental, universel, présent chez tous les êtres vivants, à savoir le besoin de transcender sa nature, de se séparer d’un état donné, de changer quelque chose, de créer un progrès décisif pour améliorer sa vie et celle des, autres, les proches et les moins proches.

En définissant ainsi la spiritualité, comme un désir très concret d’acquisition de toutes sortes de moyens et de techniques d’amélioration de sa condition à tous les niveaux (confort domestique, vie privée, vie sociale, santé physique, affective, mentale, psychologique), la vie spirituelle apparaît comme quelque chose effectivement de complètement universel et de surtout très ancrée dans le monde matériel.

C’est la spiritualité qui pousse vers l’artisanat, vers l’art, vers le sport, non pas pour transcender le monde mais pour transcender une relation au monde pauvre par une relation au monde riche.

C’est un signe certain de décadence spirituelle et d’échec existentiel que de penser que la spiritualité s’oppose nécessairement au monde matériel.

La spiritualité ne sert pas à nous consoler de nos échecs dans le monde matériel en nous offrant un monde spirituel paradisiaque pour remplacer le doudou perdu de notre enfance.

Maelle, devant la tombe de son frère, fait ses adieux aux figures adorées de son enfance, enfance enfin transcendée, aprés un long deuil, parsemé d’épreuves déchirantes (Clair-Obscur Expédition 63, 2025)

Dans la variété des types d’êtres vivants (qui correspondent chacun à des types mentaux spécifiques), cette quête de transcendance, de dépassement de soi, prend des formes très concrètes:

– Chez les chasseurs: se cacher, retenir sa respiration, se faire passer pour inoffensif,

– Chez les éleveurs: se substituer à la mère pour nourrir les bébés animaux au biberon, devenir le leader du groupe, surmonter son identification aux bêtes pour les conduire à l’abattage sans remords,

– Chez les agriculteurs: montrer de la patience, respecter les cycles naturels, faire des stocks pour passer l’hiver,

– Chez tous les autres (artisans, ouvriers, soigneurs, éducateurs, artistes, etc.), tous ceux qui travaillent pour apprendre, appliquer et transmettre de nouvelles techniques, de nouvelles connaissances afin de se perfectionner, d’exceller dans leur domaine de compétence propre, dans une élévation collective vers une vue d’ensemble, une perspective universelle, afin de maîtriser, de connaître, d’élargir indéfiniment le champ de la conscience humaine.

Spiritualité versus moralité

Si être spirituel c’est rendre meilleur soi et autre chose que soi, si c’est aller vers un mieux, vers un bien commun, alors la spiritualité et la moralité devraient partager la même origine, la même essence, le même destin, la même finalité. La nature amène en effet tous les êtres vivants à apprendre des techniques transmises par les aînés et, éventuellement, à en inventer de nouvelles.

Le hic avec la comparaison spiritualité/moralité, c’est que la spiritualité est souvent définie comme un déconditionnement identitaire, social et aussi moral.

La moralité, a contrario, dans une vision classique, est un conditionnement extérieur tandis que la spiritualité, elle, est plutôt un affranchissement de la morale. On tient là l’explication de la mansuétude de certaines bonnes âmes à l’égard des pédophiles et bien évidemment des pédophiles eux-mêmes à l’égard du mal qu’ils propagent protégés par l’alibi de la « spiritualité » libre de toute moralité normative.

Il faut trancher: spiritualité et moralité sont indissociables,toutes deux sont en quête d’un bien-être partagé et équilibré. Une spiritualité sans morale n’existe pas.

Le yoga, tout particulièrement, n’est pas une spiritualité pure. Le grand texte de référence du yoga, les yoga-sutras de Patanjali, intègre à la racine 5 valeurs morales: les yamas.

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