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Métaphysique, anthropocentrisme, spécisme, interspécisme

La métaphysique, avant de devenir une construction intellectuelle savante, est un ensemble de croyances, d’évidences, de présupposé reçus dans l’enfance, un socle implicite partagé, sur lequel se fonde la vision personnelle des choses de chacun d’entre nous.

Nous grandissons dans une métaphysique de la présence, de la présence évidente des choses, une métaphysique du manque satisfait dans le monde et par le monde.

Certaines personnes vont davantage souffrir du manque jamais satisfait, de l’absence irremplaçable et c’est ces personnes qui vont se tourner vers des métaphysiques de l’absence.

Le monde est tantôt simple à comprendre, tantôt difficile à expliquer, il n’est pas rare que les explications demandent des années d’étude pour parler la langue du monde (les maths, la physique, etc.) mais il est explicable par tous les humains associés. La vérité des êtres et des choses existe et il est possible de la partager,en étudiant sérieusement la question.

Présupposé métaphysique commun:La plupart des humains ont une conscience comme moi (sauf les gens mentalement différents). C’est notre identité commune: la conscience de notre statut privilégié. Nous constituons une seule espèce, unité humaine plurielle composée d’une mosaïque de cultures différentes. L’unité de l’espèce humaine se distingue des choses et des êtres par sa centralité et sa supériorité hiérarchique naturelle. L’espèce humaine est naturellement dominante.

Les animaux vivent dans des mondes à part avec d’autres usages, d’autres lois, sans connaître les autres. Ils représentent l’altérité radicale.

La métaphysique c’est une vision du monde et de notre place hiérarchique supérieure dans le monde, intériorisée par le biais de l’éducation.

Présupposé commun: « L’esprit humain veut maîtriser et dominer le corps et la matière. »

On peut appeler cette première métaphysique de l’enfance « métaphysique de l’évidence », elle nous été transmise par toutes ces petites phrases prononcées par l’entourage qui visent à donner à l’enfance la conscience des privilèges propres à son espèce, à dépasser, à transcender son premier état égocentrique et possessif pour lui inculquer une éthique fondée sur la primauté nécessaire de la loi humaine et l’égalité de tous devant la loi de la nature connaissable:

Connaître ses privilèges, ses droits, ses devoirs, obéir, commander, décider, choisir.

« Tu n’es pas tout seul, les autres comptent aussi », « tout ne tourne pas autour de toi », « il n’y a pas que toi qui compte, » ne fais pas de mal à tes semblables », « évite de faire inutilement du mal aux animaux », « respecte la propriété d’autrui », « on ne peut pas tout faire, il faut choisir ».

Je suis un humain, j’appartiens à l’espèce dominante, les autres espèces, les animaux sont comme des esclaves, la réalité est explicable, rien n’est plus réelle que ma vie, ma vie a plus de valeur que celle de n’importe quel animal. Mon espèce est centrale, dominante.

Les métaphysiques particulières sont parfois des remises en question, souvent des réaffirmations sophistiquées, des variations de cette métaphysique « naturelle ».

On peut classer les principes métaphysiques de bon sens appris dans l’enfance et présents dans chaque adulte.

Le temps se déroule de manière linéaire, le temps passe et devient passé, nos choix décident du futur. Le temps est irréversible.

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1) La vérité des évidences : la certitude que ce qui apparaît comme évident est vrai et peut être tenu pour fondement. C’est la base qui rend possible tout le reste.

2) L’unité humaine : le postulat que tous les hommes partagent une même identité fondamentale, ce qui implique une reconnaissance mutuelle et la possibilité du langage commun.

3) La centralité de l’humain : l’évidence que l’homme a une valeur supérieure aux choses et s’impose comme mesure de ce qui est important.

4) La valeur de la vie : la préservation de la vie humaine est plus fondamentale que toute autre considération.

5) L’existence du monde réel : l’évidence qu’il y a un monde extérieur, solide et stable, dans lequel nous vivons.

6) L’intelligibilité du monde : ce monde est non seulement réel, mais ordonné, régulier, donc compréhensible.

7) La temporalité vécue : le temps s’écoule du passé vers l’avenir, structurant tout rapport au monde.

8) La reconnaissance d’autrui comme sujet : les autres sont des consciences semblables à la mienne, ce qui permet relation, responsabilité et justice.

9) Le bien comme orientation : certaines choses valent mieux que d’autres, et cette hiérarchie implicite guide l’action humaine.

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métaphysique naturelle hiérarchisée : unité humaine → centralité et supériorité de l’humain → réalité et intelligibilité du monde → temporalité linéaire (« le passé c’est le passé ») → reconnaissance d’autrui → hiérarchie des valeurs.

La métaphysique implicite, c’est l’ensemble des évidences et des croyances de base qui structurent notre rapport au monde sans que nous les interrogeions

La métaphysique est présente dans tous les états de la réalité physique, mentale et matérielle, dans la mesure où elle touche aux cadres les plus fondamentaux grâce auxquels le monde est pensable.

Au niveau humain, le nôtre, l’anthropocentrisme est la structure métaphysique implicite: l’humanité y est posée, comme centre et référence absolue de toute réalité, même sans réflexion consciente. La question de savoir si la vie d’une mouche vaut la vie d’un être humain ne se pose que de manière abstraite, le bon sens « métaphysique » y répond sans délai: personne n’a envie de vivre dans un monde où la vie d’une mouche aurait la même valeur que celle d’un être humain.

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